Interview Gino Delmas
Photography Matteo Verzini

Wu Yue

We caught up with the Paris-based artist to discuss his love for fashion, his coming projects and mostly the poetic bleached canvas he is creating since almost a year, that were featured in our SS20 campaign.

His style is distinctive and recognizable, a skilled mix of outlines and sketches, capturing both the moment and an ethereal timelessness. Since he started over a decade ago, Yue Wu has drawn on walls, paper, porcelain, car hoods, and more recently cotton, which he adorns with bleach-filled brush tip pens. The intriguing, bright, and poetic results of his last collection of works are featured throughout the SS20 MAN / WOMAN trade shows. Yue Wu welcomed us to his workshop close to the canal Saint-Martin to tell us more.

Son trait est reconnaissable entre mille. À mi-chemin entre l’esquisse et le croquis, l’instantané et l’intemporel. Depuis ses débuts il y a plus de 10 piges, Yue Wu a dessiné sur des murs, du papier, de la porcelaine, des capots de bagnole et aujourd’hui sur du coton, à coups de feutre pinceau trempé dans la javel. Le résultat de cette dernière série à la fois intriguant, lumineux et poétique est au fronton des éditions SS20 du MAN / WOMAN. Yue Wu reçoit dans son atelier au bord du canal Saint-Martin.

How did this collaboration with MAN / WOMAN come about?

I’ve known Antoine (Floch, MAN / WOMAN co-founder) for a while, and we bumped into each other not too long ago. He was familiar with my art, and I really appreciate MAN / WOMAN’s relationship with artists, and the effort they put into promoting their work with each new edition of their shows. I had quite a few requests for collaborations surrounding my latest body of work, but I was attached to showing these pieces in a gallery. In that regard, MAN / WOMAN’s proposal felt very respectful; as opposed to a distortion of my work for commercial purposes. It also makes sense in terms of the audience it reaches, because the shows’ brand selections are super cool.

 

Quelle est la genèse de la collaboration avec les salons MAN / WOMAN ?

Je connais Antoine (Floch, co-fondateur du salon) depuis longtemps, et on s’est recroisé il y a peu, il connaissait mon boulot, et moi j’aime beaucoup la relatioan qu’entretient MAN / WOMAN avec les artistes, la manière de mettre en avant leur travail à chaque édition. On m’a pas mal approché pour faire des collaborations sur cette série, mais comme c’est un travail que je veux montrer en galerie, ça ne me disait rien. Mais je trouve que la manière dont on l’a fait avec MAN / WOMAN n’a pas ce côté dénaturé, c’est très respectueux. C’est cohérent avec les personnes que cela touche parce que la sélection des marques du salon est cool.

Tell us more about your latest work

My language is drawing. I come from animation and figurative drawing. For the past few years, I’ve been looking into ways of breathing new life into my art. In 2015, for my first ‘proper’ exhibition at the Galerie Derouillon, I explored photography by engraving flames onto printed pictures. I then had a show in Portland, where I used Dremel tools to decorate durable materials such as industrial metal car hoods while keeping my drawings as spontaneous and natural as possible. I want to reclaim drawing on various media, in particular ones with long lifespans. Hence my work on ceramic. It takes exactly the same amount of time to do, the quality of each drawn line is the same, but running the object through the oven at the end of the process sets it for eternity. If I throw it out into the canal, it might finish in the sea, and somebody might find it 300 years down the line. On the other hand, if you don’t take care of paper and store it properly, it will end up breaking down into pieces. Freehand drawing without any guides or models on things as large and industrial as car hoods is the exact same thing. The works featured in my collaboration with MAN, are based on negative drawing, only instead of pencil on paper, it’s bleach on cotton. Bleach is corrosive. It doesn’t add on to the fabric, it alters it. My drawings become part of the fiber. When I first started, I drew inspiration from tie and dye clothing. My first pieces were drawn on single-colored bandanas. These days, I work on natural fiber cotton, the weave of which is ideal for my drawings. What I find fascinating is that the bleach dye fades differently from one piece to another. It brings a form of light to each drawing, which is combined with the illusion of movement create by the brush tip pen.

 

Raconte-nous la démarche derrière cette série.

Mon langage c’est le dessin, je viens de l’animation et du dessin figuratif. Depuis plusieurs années j’explore d’autres pistes pour le faire vivre. Dans ma première expo sérieuse à la galerie Derouillon, en 2015, j’explorais le médium photo, avec des flammes gravées sur des photos imprimées. Ensuite j’ai enchainé avec une expo à Portland, avec un dessin toujours aussi spontané mais sur des supports de plus en plus durables. Notamment le métal industriel des capots de voitures. Je dévorais la matière avec un Dremel. Je veux me réapproprier le dessin sur des supports différents, notamment sur la durée de vie. D’où la céramique. Ça prend le même temps à réaliser, on obtient la même qualité de trait mais comme ça passe au four, ça le fixe dans le temps. Si je le jette dans le canal, ça peut finir dans la mer et dans 300 ans on peut le retrouver. Une feuille de papier si tu ne la conserves pas bien, elle se désagrège. Utiliser le dessin à main levée sans dessin préparatoire sur des supports aussi gros et industriel qu’un capot de bagnole c’est la même démarche. La série qui est utilisée pour la collaboration avec le MAN reprend le principe d’un dessin au négatif, mais réalisé à la javel sur du coton. La javel est un élément corrosif, plutôt que d’ajouter de la matière, je l’altère : ça s’inscrit dans la fibre. À l’origine, je me suis inspiré du tie and dye. Les première pièces étaient sur des bandanas en cotons unis. Aujourd’hui j’ai trouvé un coton en fibre naturelle, dont le tissage est parfait pour ces pièces. Ce qui est intéressant, c’est que la teinture d’origine se délave différemment d’une teinture à l’autre. Cela apporte de la lumière, et le pinceau un certain mouvement.

How important are clothes and sneakers to you?

I’ve always loved clothes and sneakers. It started when I worked as a salesperson at Starcow, when I was 19 or 20. I then went on to work in a Carhartt shop while I was finishing my studies. I’ve always been very attached to streetwear, and slowly but surely, I opened up to fashion in a broader sense. I’m currently the art director for a small Chinese streetwear brand called Soulgoods. I’m in charge of the brand’s art direction, product designs, and I’m a partner in this Beijing-based venture. At the very beginning, four years ago, a friend asked me to draw a logo for his shop. One year later, I pitched up in Beijing, only to find that he’d opened his multi-brand store in the most sought-after shopping area, surrounded by Dover Street Market and an Apple Store. My logo turned out to be a great success, so he’d ended up printing it on T-shirts, sweatshirts, and bags. I told him that I wouldn’t exactly have done it that way, so he answered by offering to let me take care of it in the future. That, in turn, led to me becoming a partner. It’s really amazing to create real products. As the Soulgoods name suggests, we try to make clothing that has a soul, and I definitely give it all I’ve got. Not that I really know how to do otherwise anyway. Having a business in China is great. I only moved to France when I was nine, so I lived there for a while, and I speak Mandarin fluently. My grandfather was an engraver, both my parents draw, so I come from a long line of artists. Although my art doesn’t carry traditional Chinese traits, the fact that I use brush tip pens rather than felt tip ones for example, is one of the ways in which I bridge the gap between two cultures.

 

Quel lien tu entretiens avec la mode et les fringues ?

Depuis toujours, j’adore la sape et les baskets. Ça a commencé quand j’étais vendeur chez Starcow, j’avais 19/20 ans. Ensuite j’ai bossé dans une boutique Carhartt quand je finissais mes études. J’ai toujours eu un lien fort avec le streetwear, d’abord, puis petit à petit avec la mode au sens large. Aujourd’hui, je m’occupe de la DA d’une petite marque de streetwear chinoise qui s’appelle Soulgoods. Je fais toute la direction artistique, le design, et je suis associé de cette marque qui est basée à Pékin. Au départ il y a 4 ans, ce pote m’a demandé de lui dessiner un logo pour sa boutique. Un an plus tard je vais à Pékin, il avait ouvert son multimarques dans LE quartier des boutiques cools où il y a le DSM et l’Apple Store. Comme le logo avait plu, il l’avait posé sur des tee-shirts, des sweats, sur des sacs. J’ai dit « ah je n’aurais peut-être pas fait comme ça », et il m’a dit « ben vas-y, fais-le ! ». Et c’est comme ça que je suis devenu associé. C’est super de faire des produits pour de vrai. Le nom c’est Soulgoods, on essaie d’avoir une âme, et de faire des trucs dans lesquels je mets du mien. De toute manière, j’ai du mal à faire autrement. Et c’est super d’avoir un business là-bas, je ne suis arrivé en France qu’à 9 ans, donc j’ai vécu là-bas, je parle mandarin. Mon grand-père était graveur, mes parents dessinent, je viens d’une tradition, même si je ne dessine pas des chinoiseries. Le fait que j’utilise des feutres pinceaux et pas juste un feutre par exemple, incarne ce mélange des deux cultures.

What brands are you into these days?

So many! Braindead, for example. It’s classic streetwear with an interesting twist. I’m particularly fond of their choices in terms of graphics. The brand Better also offers garments that are halfway between two cultures. It’s streetwear, but not only. That’s very relevant to someone like me. You know most people were quick to pin me down as the Asian sneakerhead and hypebeast, but I really like the idea of being able to move from one world to another. For example, Braindead recently collaborated with A.P.C., and they have their corner at Dover Street Market. Angelo from Awake has also reached the post-streetwear stage, as has Noah. Each of these brands has its own culture and inspirations. I also love Virgil Normal, they’re impossible to put in a box. Same goes for Mr. Green’s Ariel. All of these guys will be at the Glendale event, which is pretty awesome. Powers is another brand I like. Basically, brands that are sincere about their product and approach.

 

Quelles marques t’intéressent aujourd’hui ?

Il y en a plein. Braindead par exemple, qui épouse les codes du streetwear classique, mais toujours avec un twist intéressant. Et graphiquement, ce qu’ils apportent me touche. Better aussi, propose des pièces à cheval sur deux cultures, streetwear mais pas que. Ça me touche parce qu’on avait vite fait de m’enfermer dans une case d’asiat’ fan de baskets, et donc des marques j’aime l’idée de naviguer entre les univers. Braindead vient par exemple de faire une collab avec A.P.C., ils ont leur corner à DSM. Angelo d’Awake est un peu dans cette étape d’après streetwear aussi, comme Noah. Chacun avec son univers et ses inspirations. Virgil Normal, j’adore aussi, ils sont inclassables. Ariel de Mr Green, pareil. D’ailleurs ils vont tous venir pour l’event Glendale, c’est super. Powers aussi, toutes ces marques sincères me parlent.

Any upcoming projects?

Ideally, I’d like to stage and show my collection of bleach-on-cotton drawings. Before that though, I want to produce a small series of my porcelain burning car incense chambers. I’ve just found a workshop not too far from Paris that will be able to help with that. It’s going to be dope.

 

Est-ce que tu as des projets à venir ?

Le but ce serait de pouvoir montrer cette série réalisée à la javel sur le coton et de la mettre en forme. Mais avant ça, j’aimerais sortir la voiture brulée-encensoir en série. De petites séries en porcelaine, je viens de trouver un atelier pas loin de Paris, ça va être cool.

@wuyue5

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